Dans de nombreuses églises, un étrange silence plane sur les chaires. Ce n’est pas un silence découlant de la crainte de Dieu ou du recueillement, mais de la volonté d’éluder certains sujets. De grands pans de l’Écriture, en particulier ceux qui ont trait à l’avenir, sont discrètement laissés de côté, rarement expliqués et presque jamais systématiquement enseignés. Des sujets comme l’enlèvement, la grande tribulation, l’Antichrist, le futur royaume messianique et le retour de Jésus ont petit à petit disparu des prédications dominicales.
Pour des générations entières de croyants, ce silence aurait été inconcevable. Les pasteurs du passé prêchaient régulièrement sur les livres prophétiques comme Daniel, Ézéchiel, Zacharie et Apocalypse. Des séries de prédications étaient consacrées aux signes des temps et aux promesses du retour de Jésus. L’attente du retour de Jésus n’était pas considérée comme un sujet annexe, mais comme le centre de l’espérance chrétienne.
De nos jours, un grand nombre de pasteurs évitent complétement la prophétie.
Dans certaines églises, on saute tout simplement les passages prophétiques quand il y a une série de prédications systématiques sur un livre entier de la Bible. Dans certaines autres, on reconnaît que ces thèmes existent, mais on considère qu’ils sont trop controversés ou trop compliqués pour en parler publiquement. D’autres encore écartent la prophétie en disant que c’est de la théologie spéculative qui détourne les fidèles des aspects « pratiques » de la vie chrétienne.
Le résultat est que de nombreux croyants actuels fréquentent l’église depuis des années sans jamais avoir entendu un seul prêche sur les passages prophétiques de la Bible. Cette mise de côté est inquiétante, car la prophétie n’est pas un thème secondaire dans la Bible. Les spécialistes bibliques indiquent qu’environ un tiers la Bible est constitué de prophéties. Dieu révèle ses plans pour l’avenir de la Genèse à l’Apocalypse. L’histoire biblique avance vers une apothéose dramatique, le retour de Christ pour juger le mal et ériger son royaume.
Mais dans de nombreuses églises, cette partie considérable de la Parole de Dieu est rarement étudiée.
Le mutisme qui entoure la prophétie soulève une question brûlante : pourquoi de nombreux pasteurs n’en parlent-ils plus ?
La réponse nous révèlera plusieurs aspects de l’état de l’Église et aussi du climat spirituel des derniers jours.
Pourquoi de nombreux pasteurs évitent-ils les prophéties ?
Pourquoi les pasteurs évitent-ils de prêcher sur la prophétie alors qu’un tiers de la Bible en est constituée ? Les raisons varient d’une église à l’autre, mais on distingue divers facteurs communs.
L’un des plus importants est la peur de la controverse. Des croyants honnêtes et sincères défendent des interprétations divergentes des prophéties, et ce désaccord est difficile à gérer. Les discussions sur le moment de l’enlèvement, la nature du royaume messianique ou l’identité des personnages prophétiques comme l’Antichrist peuvent vite se muer en débats houleux. À une époque où de nombreuses églises essaient de préserver leur unité et d’éviter les conflits, certains pasteurs parviennent à la conclusion qu’il vaut mieux éviter complètement ces sujets.
Au lieu de risquer de provoquer une scission dans leur église, ils décident de se concentrer sur des thèmes qui, selon eux, sont moins controversés.
Un autre facteur est la complexité de la prophétie. Les livres comme Daniel, Ézéchiel et l’Apocalypse contiennent des images symboliques, des mots apocalyptiques, des durées prophétiques qui peuvent se révéler intimidants pour les pasteurs comme pour les églises. Certains ne se sentent pas suffisamment armés pour expliquer ces passages de manière convaincante, en particulier quand ils n’ont pas eu de formation particulière sur l’interprétation des prophéties. En conséquence, ils se concentrent sur les passages qui leur semblent plus simples et plus faciles à mettre en pratique.
En outre, il y a l’influence de la philosophie de la croissance de l’église. Dans de nombreux milieux, les pasteurs sont encouragés à se concentrer sur les messages pratiques qui concernent la vie de tous les jours. Les prédications sur les relations, les finances, la santé émotionnelle et l’épanouissement personnel sont considérées comme plus accessibles pour les auditeurs modernes.
À l’inverse, la prophétie est souvent perçue comme abstraite ou spéculatrice, comme quelque chose qui peut intéresser les théologiens, mais pas les gens qui assistent simplement au culte. Quand les pasteurs adoptent ce point de vue, la doctrine prophétique disparaît petit à petit de l’agenda des églises.
Mais la pression culturelle joue également un rôle. Dans une société de plus en plus sceptique et séculaire, certains pasteurs craignent que les prédications sur la fin des temps donnent au christianisme la réputation d’être extrémiste ou sensationnaliste. Les discussions sur le jugement de Dieu, l’ébranlement du monde et l’apparition de l’Antichrist ne sont pas compatibles avec une culture qui privilégie l’optimisme et la stabilité. Certains pasteurs choisissent de ne pas aborder ces thèmes pour ne pas paraître alarmants ou irréalistes.
Avec le temps, tous ces facteurs constituent un environnement dans lequel la prophétie est discrètement et silencieusement écartée. Elle n’est pas forcément rejetée officiellement, mais tout simplement passée sous silence. Des livres entiers de l’Écriture ne sont plus ouverts, et plusieurs sujets bibliques restent inexplorés.
Mais quand les pasteurs cessent de prêcher la prophétie, quelque chose d’important disparaît. L’Église perd plus que seulement des informations sur l’avenir : elle perd une perspective vitale sur son présent. Et cette perte entraîne des conséquences sérieuses pour la santé spirituelle de l’Église.
Que se passe-t-il quand la prophétie disparaît ?
Quand la prophétie disparaît de la chaire, les conséquences sont bien plus importantes que la simple privation d’un thème théologique intéressant. La prophétie biblique influence la vision des croyants sur l’histoire, la culture et l’avenir. Sans elle, l’Église perd peu à peu la conscience de l’urgence spirituelle dans laquelle elle se trouve.
L’une des premières victimes est l’attente du retour de Jésus.
Dans l’Église primitive, la promesse que Jésus pouvait revenir à tout moment n’était pas un concept théologique lointain. C’était une espérance vivante qui influençait la vie quotidienne. Les apôtres appelaient souvent les croyants à être sobres et prêts.
Paul écrit aux Thessaloniciens : « En effet, le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel et ceux qui sont morts en Christ ressusciteront d’abord » (1 Th 4.16).
Tite décrit la vie chrétienne comme une attente : « en attendant notre bienheureuse espérance, la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » (Tit 2.13).
Quand la prophétie est régulièrement enseignée, les croyants se souviennent que le monde va vers une fin définie par Dieu. Christ reviendra. Le mal sera jugé. Le royaume de Dieu sera érigé sur la terre. Mais quand la prophétie disparaît des prédications, l’Église cesse lentement de se tourner vers l’avenir. Le christianisme commence à se concentrer uniquement sur la vie présente au lieu de celle qui aura lieu dans le futur royaume messianique.
Une autre conséquence est la perte de la distinction spirituelle. La prophétie offre un cadre pour comprendre les évolutions spirituelles et géopolitiques du monde. Elle rappelle aux chrétiens que la séduction, les troubles mondiaux et la dépravation morale ne sont pas des évolutions fortuites, mais des réalités que la Parole a annoncé par avance et contre lesquelles elle met en garde.
Jésus lui-même a dit à ses disciples : « Prenez garde que personne ne vous séduise » (Mt 24.4).
Sans la doctrine prophétique, les croyants peuvent rencontrer des difficultés à interpréter les signes des temps. Les tendances culturelles, les changements théologiques et les évènements géopolitiques peuvent nous dérouter ou nous paraître écrasants. Il manque alors la perspective donnée par les prophéties, qui permet au croyant de remettre ces évolutions dans le cadre de ce qu’annonce la Bible.
L’église perd aussi sa motivation à mener une vie sainte. Dans tout le Nouveau Testament, l’attente du retour de Jésus a un lien direct avec la sanctification personnelle des croyants.
L’apôtre Jean écrivit : « Toute personne qui possède cette espérance en lui se purifie comme lui-même est pur » (1 Jean 3.3).
La prophétie n’a jamais été conçue comme une simple spéculation sur l’avenir. Elle devait au contraire faire naître en nous la vigilance, la fidélité et l’attente patiente.
Si l’Église oublie que Jésus peut revenir à tout moment, alors elle se complaît souvent dans la satisfaction spirituelle personnelle. L’urgence à vivre dans la perspective de l’éternité disparaît. De cette manière, le mutisme qui entoure la prophétie ne conduit pas seulement à une lacune dans la doctrine biblique : il change imperceptiblement la manière dont l’Église voit les choses. Et cela pourrait être l’un des indices les plus concluant sur l’état spirituel de notre époque.
La prophétie ne devrait jamais être optionnelle
L’une des grandes erreurs de l’Église moderne est de croire que la prophétie biblique est optionnelle. Certains la considèrent comme une doctrine secondaire, éventuellement intéressante, mais non primordiale pour l’enseignement chrétien moderne. D’autres la voient comme un thème réservé aux initiés, aux théologiens ou aux conférences sur la prophétie.
Mais la Bible nous donne une tout autre image.
Du premier chapitre de la Genèse aux dernières pages de l’Apocalypse, la Bible montre qu’elle est un récit prophétique. Dieu ne donne pas seulement des informations sur le passé et des consignes pour l’époque actuelle. Il révèle également ce qui va se produire à l’avenir.
Le Seigneur annonce par la bouche du prophète Ésaïe :
« Je révèle dès le début ce qui doit arriver, et longtemps à l’avance ce qui n’est pas encore mis en œuvre. Je dis :
‹ Mon projet se réalisera et je mettrai en œuvre tout ce que je désire › » (Es 46.10).
Dieu ne se contente pas de réagir aux évolutions de l’histoire, il dirige cette dernière. Le Seigneur a déjà annoncé comment les choses allaient se dérouler bien avant que les royaumes prennent de l’importance ou disparaissent, avant que les empires mondiaux apparaissent sur la scène de l’histoire et avant que les derniers chapitres de l’histoire de l’humanité ne se produisent.
C’est l’une des caractéristiques particulières de la Bible. Aucun autre texte religieux ne contient une telle quantité de prophéties détaillées annonçant l’avenir. Dieu montre dans toute l’Écriture de manière répétée son autorité en annonçant les évènements futurs bien avant qu’ils ne se produisent. Les évènements se sont exactement déroulés comme Dieu les avait prévus et cela a confirmé sa Parole. La première venue de Jésus nous en offre un exemple parfait. Bien des siècles avant la naissance du Messie, les prophètes ont annoncé les circonstances de sa venue. Michée prédit qu’il naîtrait à Bethléhem (Mi 5.2). Ésaïe décrivit le serviteur souffrant qui allait porter les péchés de beaucoup d’hommes (Es 53). Zacharie prophétisa que le Messie entrerait à Jérusalem sur un ânon (Za 9.9) et qu’il serait trahi pour trente pièces d’argent (Za 11.12-13).
Ce n’étaient pas des prédictions vagues. C’étaient des déclarations précises qui se sont exactement réalisées comme Dieu l’avait annoncé.
Lors de la vie, la mort et la résurrection de Jésus se sont accomplies des douzaines de prophéties écrites des centaines d’années auparavant. Du lieu de sa naissance à sa crucifixion, les évènements des Évangiles se sont produits en adéquation avec les écrits prophétiques. Cet exemple nous montre un principe important : si les prophéties sur la première venue de Jésus se sont accomplies en détail, alors on peut tout à fait s’attendre à ce que les prophéties concernant sa seconde venue s’accomplissent tout aussi littéralement.
Mais c’est là que beaucoup d’églises hésitent.
Alors que la première venue de Jésus est célébrée et qu’on prêche régulièrement à ce sujet, les promesses prophétiques concernant sa seconde venue sont souvent négligées. Les mêmes Écritures qui ont prédit sa naissance, sa mort et sa résurrection parlent aussi de manière détaillée de son retour, de la période de la grande tribulation, de la prise du pouvoir de l’Antichrist, du jugement des nations et de la mise en place du royaume de Dieu.
Si l’on considère que ces paragraphes sont optionnels, alors cela signifie que l’on met de côté une portion importante de la Parole de Dieu.
Ce qui est encore plus remarquable, c’est que Jésus lui-même parle souvent de l’avenir. De longs passages des Évangiles sont consacrés à la doctrine prophétique. Dans le discours sur le mont des Oliviers rapporté en Matthieu 24-25, Marc 13 et Luc 21, Jésus décrit les circonstances des derniers jours. Il met en garde contre les séductions, les guerres, les tremblements de terre, les persécutions et les ébranlements de la société. Il parle de la grande tribulation à venir et de son retour visible dans la gloire et la puissance sur la terre. Ce n’étaient pas des remarques sans importance ou faites au hasard. C’étaient des points centraux de son enseignement.
En réalité, la prophétie de Jésus avait un lien direct avec l’empressement spirituel de ses disciples. Il a régulièrement averti les croyants de rester vigilants et d’être prêts. « Restez donc vigilants, puisque vous ignorez à quel moment votre Seigneur viendra » (Mt 24.42).
Les apôtres reprirent ce thème vital dans leurs enseignements. Paul décrit les croyants comme étant ceux qui « attend[e]nt notre bienheureuse espérance, la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » (Tit 2.13). Pierre mit en garde les croyants et les invita à vivre de manière sainte dans la crainte de Dieu en attendant « la venue du jour de Dieu » (2 P 3.12).
Le dernier livre de la Bible commence même par une promesse remarquable sur la prophétie elle-même : « Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui s’y trouve écrit, car le moment est proche » (Ap 1.3).
Nous constatons à la lecture de ce verset que la bénédiction n’est pas réservée aux érudits et aux théologiens. Elle est valable pour tous ceux qui lisent, entendent et prennent la Parole au sérieux. En d’autres termes : Dieu n’a jamais eu l’intention de reléguer la prophétie dans les cartons de la vie de l’Église. Elle doit être annoncée, comprise et adoptée par les croyants.
Quand les pasteurs évitent de prêcher sur les passages prophétiques, ils font plus que sauter des versets difficiles. Ils laissent de côté une partie très importante du récit biblique. La magnifique histoire du salut avance vers une apothéose dramatique future, le retour de Christ pour juger le mal et fonder son royaume. Sans la prophétie, cette histoire demeure incomplète.
Sans elle, l’Église se contente d’un Évangile qui se retourne vers la croix, mais qui regarde rarement vers l’avant, vers la couronne. Cependant, le message complet de l’Écriture comprend les deux. Le même Sauveur qui est venu une fois dans l’humilité reviendra dans la gloire.
La prophétie rappelle aux croyants que l’histoire de l’humanité n’échappe pas au contrôle de Dieu. Elle avance vers l’accomplissement du plan de Dieu. C’est pour cette raison qu’il n’a jamais été question que la prophétie demeure une simple option. Elle est tissée dans les fibres mêmes de l’Écriture et reste l’un des meilleurs rappels que le Dieu qui a parlé par le passé accomplira ses promesses dans le futur.
Paru tout d’abord sur www.prophecyrecon.com sous le titre The Silence in the Pulpit. Traduit à partir de la traduction allemande et publié avec l’aimable autorisation.
Source : https://www.appeldeminuit.ch/magazines/appel-de-minuit-aout-2026/
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